mercredi 11 janvier 2012

Casse-toi pauv'con.

Pourquoi ? Mais pourquoi ? Pourquoi on se met à compter sur quelqu'un ? Les quelqu'un ça fait rien qu'à disparaître. Ca fait rien qu'à décevoir. Ca fait rien qu'à ce qu'on puisse pas compter sur eux.
Alors qu'avant on comptait sur soi-même et on ne se faisait jamais défaut. On compte sur un autre et au moment où on pose sa main sur son épaule il a disparu. Et il y a comme un trou dans la trame de l'univers. Un grand trou qui aspire tout autour. Et plus rien ne compte que le trou.
Alors qu'avant on était bien tranquille. On organisait la vie pour qu'il ne manque rien. Chaque chose à sa place et surtout que chaque place aie sa chose. Mais un autre ?
On croit qu'il a une place et il disparaît. Alors à quoi bon ? A quoi bon lui avoir fait cette place ? Quand il disparaît on a envie de lui dire que DE TOUTES FAÇONS on en VOULAIT PAS.

mardi 4 octobre 2011

Paul-Emile et Géraldina


Depuis deux semaines, Paul-Emile avait emménagé avec Géraldina. C'était un projet par eux voulu de longue date. Paul-Emile avait pensé pouvoir bénéficier ainsi d'un plus grand nombre de câlins. Et pour Géraldina, c'était bien rassurant de pouvoir veiller sur son grand gaillard de Paul-Emile.
La routine s'était vite installée, au bénéfice des deux protagonistes.
Quand Géraldina partait travailler, elle recommandait toujours à Paul-Emile de ne pas se lever trop tard et lui confiait une tâche à effectuer avant son retour – car c'est ainsi qu'on responsabilise les garçon – comme passer le balai, faire la vaisselle ou ranger le linge. Elle prenait garde à ne pas lui en demander trop, afin qu'il aie toujours suffisamment le temps de s'absorber dans ses jeux préférés (comme le développement informatique) – car c'est ainsi qu'on permet aux garçons de s'épanouir. Et c'est avec un sourire attendrissant qu'elle le retrouvait chaque soir, absorbé dans l'élaboration d'un nouveau logiciel destiné à sauver les données informatiques de l'humanité des méchantes multinationales capitalistes et elle lui disait que c'était bien – car il est bon pour les garçons d'avoir des rêves, même s'ils se rendront compte plus tard que la vie c'est bien plus compliqué que ça.
S'il avait bien travaillé, elle lui préparait un bon petit plat avec du parmesan dessus comme il aimait. Elle ne s'endormait jamais sans s'être assuré qu'il s'était bien lavé les cheveux et brossé les dents – car les garçons sont souvent tête en l'air. Alors ils se couchaient côte à côte et s'endormaient paisiblement.
Un soir, alors qu'ils étaient ainsi couchés tendrement enlacés et attendant le train du sommeil, Paul-Emile se colla contre Géraldina et elle sentit dans son dos durcir une érection. Son sang ne fit qu'un tour. Elle se retourna vivement, le gifla et dit « Ah non ! Ce ne sont pas des choses à faire à sa mam...  euh... »
Et elle vit qu'il fallait qu'ils parlassent d'un problème.  

vendredi 5 août 2011

Bonjour, Soleil.

Quand on est amoureux, après un petit temps, on remarque ces petits signes. Ces petites choses du quotidien qui prennent un sens particulier. Comme les nuages pour moi maintenant. 
J'ai regardé les nuages un million de fois. Je ne les ai jamais vus comme je les vois maintenant. Et c'est à cause de lui.
Au début, quand on est amoureux, on pense que cette attention aux choses durera pour tout le temps. Peut-être.
C'est ce que j'espère. Alors je me scrute. J'évalue ma capacité à continuer à donner du sens aux nuages. A continuer à l'aimer pour sa simplicité. A être encore libre sans le priver de ma loyauté. A le laisser libre aussi et à apprivoiser le rythme de sa présence et de son absence. J'évalue ma capacité à ne pas lui en vouloir d'être simplement celui qu'il est. A revenir si j'ai jamais à m'éloigner. 
Je jauge, j'étudie les paramètres en jeu, je tente de prédire nos possibilités de bonheur. Je trace dans ma tête le chemin le plus sûr. Un chemin suffisamment large pour y marcher à deux et qu'on sache où on va. Pour pouvoir le quitter sans crainte de me perdre. 
Mon cerveau se transforme en machine qui calcule et recalcule en permanence les coordonnées de notre amour pour garder la bonne direction et prendre en compte des facteurs dynamiques. Parce qu'il a dit ça, que j'ai appris ça, qu'il était absent, que j'ai ressenti ça, que je l'ai appelé, qu'il a fait tout ça, qu'il est toujours là. Moi aussi.

mardi 19 juillet 2011

addictologie.org

J'ai du mal à respirer quand j'imagine ta vie. Peut-être que je ne m'en fais qu'une idée vague. C'est difficile à dire ce que peut être ton chemin. Tu parles peu.
A quoi tu penses le matin quand tu te regardes dans le miroir ? A quoi tu penses quand tu mens à tes parents ? Quand tu prétends arrêter l'héroïne ? Quand CE mensonge vaut mieux que la vérité ? C'est quoi ta vie ? Dans cet appartement perpétuellement en travaux, jamais fini de nettoyer ? Presque seul. Entouré d'amis sur qui tu ne peux pas compter ? Près de ta famille qui ne t'est d'aucune aide ?
C'est ce que j'imagine pour toi. Et je pleures quand toi tu souris.
Je me demande parfois pour quoi tu vis. Si tu cherches autre chose que le subutex pour te faire aller quelque part. Parfois je ne pense qu'à CA et j'ai l'impression d'étouffer. Et c'est difficile d'accepter de ne rien avoir à faire avec CA. Que je ne sais pas ce qu'est ta vie. Que c'est comme CA.
Mais je ne peux pas penser à autre chose. Toi. Tes potes losers. Et du subutex que vous escroquez aux CSST, à des "soignants" qui ne se font pas prier pour se transformer en dealers.
Qu'est-ce que tu vas faire de toi ? Ca devrait te préoccuper plus que moi. C'est surement le cas. Mais je n'en sais RIEN. Tu planes, tu bades, j'étouffe.

dimanche 3 juillet 2011

H

Saint-Denis, train de banlieue. Ligne H. Le ciel gris me plonge dans cette indétermination d'humeur, quelque part entre le blues et l'espoir de quelque chose. Des oreillettes du MP3 s'écoule sur la même longueur d'ondes un morceau de Metronomy. Je rêve à un type providentiel. Un Charles de Gaulle, un Lionel Jospin1 qui sortirait de l'ombre à l'appel du peuple pour nous sauver de nos luttes sans fin contre la pesanteur du sol social.
Epinay-Villetaneuse. Les lumières clignotent. Le synthé démarre son solo et le train accélère. Un immeuble de vingt étages à moitié effondré laisse à voir l'intérieur d'appartements en lambaux. Un peu plus loin, des enfants jouent au foot. A quoi rêvent les gens ? (Est-ce qu'ils pensent un peu comme moi ?)
Quel avenir nous sera promis au-delà du béton et des fleurs des champ à juvisy, Sarcelles, Maisons-Alfort ?
Il pourrait pleuvoir. Je rentrerai à Paris.


1 Vas-y rigole pas.

mercredi 15 juin 2011

Souffrance en France

De huit heures à dix-huit heures trente. Dire bonjour, être énergique. Etre rapide. Décrocher, parler, écouter, parler, raccrocher. A chaque appel appliquer des instructions différentes. Rester accueillant. Mais ferme. Décrocher, raccorcher. Traiter les appels en moins de soixante-dix-sept secondes. Pendant quatre heures le matin, une pause de dix minutes. Cinq heures trente l'après-midi, une pause de dix minutes.
Rester énergique. Malgré le coup de barre de treize heures trente. Se gaver de café. En vain. Par miracle, une fois de temps en temps, une pause de quelques secondes s'insinue entre les appels. Parfois pas une seule fois de la journée. En profiter pour savourer le silence relatif. Surtout ne penser à rien. Le prochain appel cogne derrière la tête et on se prend à ne plus rêver qu'à la prochaine fois, hautement hypothétique, où le téléphone cessera de sonner. Quelques secondes. Ou pas. 
Différentes stratégies pour tenir. Ne surtout pas regarder l'heure. Rire très fort avec ses collègues. Pester en off contre les patients.
Constater, quand on pense être déjà au bout du rouleau, que la fin de la journée n'est que dans deux heures et demi. Et constater que malgré la peine le corps tient. Ne pas s'effondrer en pleurs. Ne pas s'enfuir en courant. Ne pas défoncer l'écran à coup de clavier. Rester enchaîné au bureau, les oreilles douloureuses de toutes les interférences, des télé allumées en fond sonore, des bébés qui hurlent, des voitures qui klaxonnent... Les jambes enkylosées, rester sans bouger. Les yeux qui piquent, continuer à fixer l'écran. Supporter au-dessus de ça la chaleur des huit machines allumées en même temps dans 15 mètres carrés.

Une chose intéressante à remarquer, c'est que quand on arrive au bout de ses forces, on a tendance à aller de plus en plus vite. On veut se débarasser de l'appel. On devient plus efficace. Plus rapide. Comme si ces secondes gagnées avaient la moindre de chance de se transformer en minutes de répis. Bien sûr ça n'est jamais le cas. L'appel suivant arrive quelques secondes plus tôt. Et le piège se referme. Le système se nourrit de la souffrance du travailleur. C'est un truc que j'avais étudié en cours. Mais ça ne m'est d'aucune aide.

mardi 17 mai 2011

Y'avait des gangs et des bangs, y'avait même des des gang-bangs...

A un moment de notre vie on ne savait pas quoi faire d'autre. Tout paraissait hors d'atteinte et nos épaules trop frêles. Alors on buvait de l'alcool pour oublier ça. Pour se croire les rois du monde et des gens désirables. Quand on s'assigne un seul but dans la vie, tout paraît bien plus simple. Et avec deux grammes dans la vue, les défauts de l'existence passent pour des charmes méconnus. Alors on faisait ça, boire. 
On se réveillait avec pour seul objectif l'apéro qui effacerait de nos figures mâchouillées les vestiges de la dernière nuit d'ivresse. On cachait nos visages sous du fond de teint, nos corps sous des robes courtes et on chantait trop fort. On sautillait dans la rue et on se croyait tellement libres. Des petites lumières de la nuit parisienne attirant les papillons égarés. On disait oui à tout. De peur de manquer quelques chose. Parce qu'on voulait tout faire, on avait soif de tout et on avait si peur que ça s'arrête. Et de fait, l'état de grâce a pris fin. Mais on ne s'en pas rendu compte, trop occupées qu'on était à gérer nos gueules de bois et nos histoires de fesses. Qui a parlé d'amour ? Nous parlions toujours d'amour. 
On a fini par faire partie des murs. Les piliers de comptoir qui ne veulent jamais rentrer chez eux. Pendant ce temps-là on pouvait rêver à la vie qu'on voulait, mais sans jamais s'y atteler vraiment. 

On voulait de grands feux de joie, on s'est juste cramé les doigts avec nos allumettes.
C'est difficile à dire comment on a fini par atterrir. Il faut croire qu'on n'est jamais aussi léger qu'on voudrait le croire. Quand j'y repense maintenant, tout ça me semble bien vain. Mais on en avait besoin. Je crois qu'on ne fait jamais rien pour rien.